La DGEFP explique les obligations relatives à l’évaluation des acquis de la formation

Comme vous le savez, la loi du 24 novembre 2009 a introduit une forme d'obligation d'évaluation des acquis par le dispensateur de formation (interne ou externe à l'entreprise) : "A l'issue de la formation, le prestataire délivre au stagiaire une attestation mentionnant les objectifs, la nature et la durée de l'action et les résultats de l'évaluation des acquis de la formation". Cette mesure, au début passée inaperçue, a ensuite fait parler d'elle dans les milieux de la formation. Très critiquée par les formateurs qui ne souhaitaient pas évaluer toutes leurs formations juste "parce qu'il le faut", cette mesure a toutefois eu le mérite de mettre l'évaluation de la formation sous les feux de la rampe (en France tout du moins, car l'on sait à quel point le cadre légal influence les pratiques de formation).

Il n'empêche qu'il subsistait un grand flou quant aux méthodes d'évaluation reconnues comme "valables" par l'administration dans le cadre du contrôle des actions de formation. Pour faire le point, la FFP (Fédération de la Formation Professionnelle) a demandé à la DGEFP quelques éclaircissements. Voici les trois points à retenir pour la pratique de l'évaluation de la formation :

  • Une évaluation formalisée n'est pas obligatoire pour toutes les formations : voilà qui ne manquera pas de rassurer les formateurs qui pestaient contre la généralisation des quiz, notamment pour évaluer les acquis suite à des formations comportementales, managériales, etc. Au-delà de cette question de méthode, ce point nous paraît surtout intéressant pour rappeler qu'évaluer pour évaluer ne sert à rien, ni à personne. Pour reprendre le slogan de Formaeva, il s'agit avant toute chose d'évaluer pour mieux former. Cela doit rester la finalité première de l'évaluation (pas la seule, évidemment, mais la plus importante à notre sens).
  • Les objectifs de formation doivent être exprimés de manière opérationnelle : la DGEFP entend par là des objectifs formulés "en termes de comportement ou d'activité observable lorsque la personne est en situation de travail". De notre point de vue, il s'agit là du chantier n° 1 en matière d'évaluation des formations. Il existe encore trop de formations sans objectifs ou sans réels objectifs. Il est donc appréciable que la DGEFP rappelle ce qui devrait être une évidence.
  • Pour être obligatoire, l'évaluation des acquis doit être prévue dans le programme de formation (articles L. 6353-1 et D. 6321-1 du Code du Travail) : nous avons vu au point 1 que toutes les formations ne faisaient pas obligatoirement l'objet d'une évaluation des acquis. En revanche, si tel est le cas, le participant à la formation doit en être informé en amont de la formation et la méthode utilisée doit être précisée sur l'attestation de la formation qui lui sera remise.

En résumé, comme nous l'avons toujours soutenu, il est plus pertinent de penser finalité de l'évaluation avant de penser méthode d'évaluation. S'il est vrai qu'une évaluation des acquis formalisée est indispensable dans le cadre de formations diplômantes ou certifiantes, nous avons pu expérimenter à maintes reprises des méthodes alternatives, comme l'autoévaluation de l'apprentissage (sur la base d'objectifs pédagogiques formulés en "être capable de..."). Celle-ci est avantageuse à plusieurs titres :

  • Elle est simple à mettre en oeuvre : le seul prérequis à cette méthode est de disposer des objectifs pédagogiques correctement formulés (ce qui est toutefois loin d'être anodin).
  • Elle n'est pas infantilisante : après tout, qui mieux que l'adulte en formation peut estimer s'il a acquis en formation les capacités qui lui seront nécessaires pour modifier ses comportements en situation de travail ?
  • Elle procure une information généralement suffisante : en analysant globalement les résultats, il devient aisé d'identifier quels sont les objectifs pédagogiques qui n'ont été que partiellement atteints, donc d'identifier des actions correctives, etc. Elle répond ainsi bien au besoin d'évaluation exprimée par la DGEFP pour les formations "courtes" qui ne font pas l'objet d'une évaluation formalisée.

Bien qu'imparfaite (voir l'article de François-Marie Gérard pour une présentation détaillée), cette méthode permet ainsi d'avoir rapidement une information sur l'apprentissage. Cette économie de temps et d'argent permet aussi et surtout de consacrer davantage de ressources à des évaluations plus stratégiques, à commencer par l'évaluation du transfert (niveau 3 du modèle de Kirkpatrick). Si la loi n'évoque pas celle-ci, elle reste quand même essentielle pour s'assurer que ces fameux "acquis" (dont on parle tant) sont bien utilisés, sans quoi, il est plus qu'improbable que ceux-ci perdurent. Pourtant, comme nous l'avons encore vérifié dans notre étude sur les pratiques d'évaluation des formations, cette évaluation demeure peu pratiquée... Dans un contexte économique incertain, il est plus que temps de démontrer que la formation n'est pas une dépense en pure perte, mais bien un investissement qui permette de développer des compétences durables pour l'entreprise.

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