La suppression du 0,9 % : une opportunité pour l’évaluation et la fonction formation

suppression du 0,9 %La réforme de la réforme de la réforme de la professionnelle est en cours... Tous les acteurs de la formation s'interrogent : les changements à venir seront-ils significatifs ou s'agira-t-il d'une "réformette" (une fois de plus, serais-je tenté de dire...) ?

Parmi les changements envisagés, l'un d'eux est plus particulièrement au coeur des débats : la suppression possible du 0,9 % (pour les lecteurs non français et/ou ne connaissant pas les particularités du financement de notre système de formation professionnelle continue, vous pouvez vous référer à cette description).

Pour une synthèse des positions sur la question, je vous invite à consulter l'article récent de Marc Dennery sur son blog, qui, en plus de donner un avis éclairé, recense les articles de plusieurs autres spécialistes de la formation (généralement favorables à cette suppression). Alain Meignant est également pour . Comme il le mentionne, cela aurait pour conséquence directe la suppression des critères d'imputabilité et des contrôles administratifs. Moins de paperasse, plus de simplicité, des formations et des modalités pédaogiques plus pertinentes (donc un plan de formation un peu plus intelligent...), plus de temps à consacrer aux vraies questions de formation... pour plus d'efficacité ?

Cela n'étonnera pas le lecteur assidu de ce blog, je suis moi-même favorable à cette suppression, à condition, comme le pensent ces deux auteurs, de maintenir les autres obligations, voire de les renforcer si les fonds sont mieux utilisés (autre débat...). Aussi, j'ai l'intime conviction que la suppression du 0,9 % aurait pour conséquence le développement des pratiques d'évaluation des formations. Explication.

Actuellement, le fait de penser l'investissement-formation selon une logique fiscale (avec comme indicateur prédominant ce fameux pourcentage de la masse salariale alloué à la formation) enfonce l'idée que la formation doit être gérée dans une optique de moyens, non de résultats. Outre-Atlantique, il est fréquent de suivre des indicateurs, de type ratios, plaçant au dénominateur le budget formation / les coûts de formation et au numérateur un indicateur de performance (ex : chiffre d'affaires ou valeur ajoutée). Nous sommes assez proches dans l'esprit du niveau 4 de Kirkpatrick... à l'échelle du plan de formation !

Ainsi, si vous ne voulez pas que la formation soit perçue comme une taxe, gérez la et présentez la comme un investissement et non comme une dépense... Dès lors que cette suppression du 0,9 % sera effective, il sera d'autant plus attendu du responsable formation de piloter son plan de formation à l'aide d'indicateurs de résultats (et non plus uniquement d'activités / de moyens). Il en va de la pérennité de la fonction formation dans l'entreprise. Déjà en 1986, dans son ouvrage La formation : atout stratégique pour l'entreprise, Alain Meignant suggérait aux responsables formation de se demander quel serait l'impact sur leurs activités d'une abrogation de la loi sur la formation : "Si la réponse est que ces activités disparaîtraient en grande partie, il reste un gros effort à faire pour faire basculer la formation d'une logique de centre de coûts à une logique d'investissement" (p. 103).

Presque trente ans après, nous voici au rendez-vous. Est-ce que les partenaires sociaux et le législateur sauront saisir cette occasion ? Si tel est le cas, les responsables formation devront prendre le sujet de l'évaluation à bras-le-corps, car s'il était jusque là "toléré" de ne pas démontrer l'efficacité des formations "parce qu'il y a un budget à consommer", en l'absence du 0,9 % chaque euro alloué à la formation devra faire la preuve de son utilité.

Les responsables formation sont prévenus : à eux de prendre les devants, car même si le 0,9 % survit à nouveau à cette réforme, un jour, c'est certain, l'idéologie laissera enfin place au bon sens.

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