Quelques chiffres sur les pratiques d’évaluation des formations des entreprises nord-américaines

Après avoir présenté quelques chiffres relatifs aux pratiques d'évaluation des formations en Europe, nous allons étudier ci-après l'état des pratiques en Amérique du Nord.

Comme pour les recherches du domaine, c'est aussi aux Etats-Unis que sont menées la plupart des études sur les pratiques d'évaluation des formations des entreprises, notamment sous l'impulsion de certaines associations de spécialistes de la formation comme l'American Society for Training and Development (ASTD). D'après une étude de cette association, menée auprès de 300 professionnels des RH, 67 % des organisations évaluant leurs formations auraient recours au modèle de Kirkpatrick (Gosselin, 2005, p. 11), faisant de ce modèle une véritable référence. Mais est-il complètement exploité ? Déjà en 1988, une étude portant sur environ 300 organisations montrait qu'elles n'étaient que 20 % à évaluer les retombées économiques de la formation sur l'organisation (Shelton et Alliger, 1993, p. 43). La situation a-t-elle évolué au fil des ans ? Les chiffres issus de diverses études et regroupés dans le tableau ci-dessous devraient amener des éléments de réponse.

Pratiques-evaluation-nord-americaines

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La lecture des chiffres relevés dans les études nord-américaines nous amène à deux constats similaires à ceux établis dans les études européennes : l'évaluation de niveau 1 demeure la plus pratiquée et plus l'on avance dans la hiérarchie des niveaux, plus rares sont les pratiques d'évaluation. Et contrairement aux chiffres européens, cette règle de la raréfaction de l'évaluation au fil des niveaux ne souffre d'aucune exception : la diminution de la fréquence des pratiques d'évaluation d’un niveau à l’autre est flagrante et systématique. Ainsi, aucune des études citées ne présente un pourcentage d'évaluation d’un niveau supérieur au pourcentage du niveau précédent (par exemple, la fréquence des évaluations de niveau 4 est systématiquement inférieure à celle de niveau 3). De plus, force est de constater que les chiffres présentés sont bien inférieurs à ceux relatés par les études européennes, et notamment pour les niveaux 2, 3 et 4. Comment cela peut-il s'expliquer ? Une hypothèse possible tient au fait que les responsables formation nord-américains connaitraient davantage le modèle de Kirkpatrick que leurs homologues européens. Dans le cadre de l'étude de Formaeva (2010), nous avons pu en effet constater les abus terminologiques de responsables formation qualifiant d'évaluation du retour sur investissement une évaluation de la satisfaction "améliorée". Le fait que les responsables formation nord-américains soient davantage sollicités pour participer à des études sur les pratiques d'évaluation des formations (par l'ASTD, par les chercheurs, etc.) explique peut-être qu'ils distinguent mieux les différents niveaux d'évaluation. Aussi, même si les chiffres donnés par les professionnels nord-américains semblent plus réalistes, une étude affirme qu'il y aurait tout de même une surestimation des pratiques. Betcherman et al. (1997), à l'aide d'un sondage téléphonique visant à questionner 2 500 entreprises canadiennes de toutes tailles, ont ainsi constaté que 88,7 % d'entre elles évaluaient d'une manière ou d'une autre leurs pratiques de formation, que 54,3 % avaient recours à une évaluation informelle menée par le formateur ou le manager, ou encore que 35,5 % mettaient en œuvre une analyse formalisée de l'impact effectif de la formation. En comparant ces résultats à ceux issus d'études de cas, les auteurs remarquent que les résultats de l'enquête quantitative seraient surévalués, les entreprises contactées ayant tendance à surestimer l'ampleur de leurs pratiques d'évaluation de la formation. Cela signifie donc que les chiffres du tableau précédent sont peut-être encore trop optimistes par rapport à la réalité.

Que conclure au sujet des pratiques d'évaluation nord-américaines ? Force est de constater que, entre la première étude recensée ici et menée par Kirkpatrick (1978) et celle plus récente de Pulichino (2007), il s'est écoulé près de 30 années durant lesquelles les pratiques d'évaluation des formations n'ont pas réellement évolué. Twitchell et al. (2000) remarquent aussi que le nombre d'évaluations menées au sein des entreprises américaines n'a que peu évolué durant 40 ans. C'est notamment aux niveaux 3 et 4 que les évaluations restent les plus rares, alors qu'il s'agit probablement des niveaux les plus importants pour l'entreprise. Kirkpatrick (2005a, p. 18) note aussi que la plupart des organisations en restent au questionnaire d'évaluation des réactions (encore appelé "smile sheets" ou "happy sheets").

Nous livrerons à la rentrée les résultats de l'étude 2011 de Formaeva sur les pratiques d'évaluation des formations des entreprises françaises. Nous aurons ainsi l'occasion de voir si les pratiques d'évaluation en France demeurent peu développées, comme nous l'avions constaté en 2010.

En attendant, toute l'équipe Formaeva vous souhaite d'excellents congés estivaux !

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